Cela aurait pu être vous, ou moi…

Mis en avant

En recueillant le témoignage de ces femmes, Je ne cherche pas à trouver de prétextes a tous ces monstres, ni indirectement a incriminer les victimes de leur inhumanité de les avoir « incités »

J’ai voulu que mon histoire soit  aussi vraie que variée, je voulais des détails, du genre tenue vestimentaire et âge  que ce soit de l’agresseur ou de l’agressée, afin de montrer simplement et justement que rien au monde ne peut excuser l’agression d’une personne amoindrie physiquement par rapport à soi, et à plus forte raison quand c’est une femme parce que c’est trop facile d’agresser les femmes dans nos sociétés et de leur faire porter tous les maux de la terre, afin de montrer aussi que la monstruosité n’a point d’âge.

Ce que j’ai entendu le soir de la diffusion de l’interview de la fille violée m’a traumatisée, ce fut une véritable régression pour moi dans la douleur et  l’impuissance, même  derrière un tube cathodique (LCD pour certains) cela reste encore tellement insoutenable…

http://www.youtube.com/watch?v=3Q1oVBqZ41E

Ce que vous allez lire  sont les histoires d’anonymes, qui comme moi, comme vous, n’aurait jamais pu penser voir ce genre de choses leur arriver, et c’est parce que ça aurait pu être vous, ou moi, que je parle en leurs noms a toutes…

Z.: 24ans

« Petite fille de 10 ans, je remarquai que le gardien de l’école, un type de 40 ans me regardait toujours un peu bizarrement, pis, il soutenait un regard qui me suivait, me scrutait, me faisait peur et me mettait mal a l’aise ; a dix ans, je ne pouvais savoir les raisons de ce genre de regards.

Un jour, il me coinça dans une salle de classe, et m’embrassa sur la bouche, quelque chose de malsain habitait ce baiser, je commençai à avoir peur, jusque par miracle, un élève arriva en la direction de la salle de classe, et c’est là qu’il me lâcha, plus tard, le souvenir de ce jour me donnera toujours froid dans le dos… »

Je sais : vous allez peut-être, pour justifier ce qui est arrivé , dire a ZA qu’a cet âge –là , elle n’était pas sensée « savoir » le sens de ce « genre » de regards ?

Non mais parce que j’aimerais aussi me mettre dans la peau de ceux qui incriminent les femmes, juste pour voir ce que cela fait d’être si horriblement complice de l’ignominie de l’être !

Z : 27 ans

Une amie a moi, a pris le taxi aujourd’hui pour aller au centre ville, le taxiste, lui confia tristement, presque en murmurant, qu’il lui est arrivé de ramasser une fille qui a failli subir le même sort que notre courageuse concitoyenne.

« La fille, quitta ses amis devant un lounge où ils l’avaient vues monter dans un taxi pour rentrer chez elle, sur la route, elle s’arrêta devant un tabac pour s’acheter des cigarettes, une patrouille de flics s’arrêta pile devant la jeune femme, constatant que la jeune fille avait un peu bu, ils ont commencé a l’intimider, la sommant de monter avec eux, ils auraient tenté de la violer, si ce n’était qu’elle était réglée, qu’elle avait remonté sa jupe pour  leur montrer sa serviette hygiénique, elle leur a lâché tout le fric qu’elle avait, et est repartie sans demander son reste, elle avait repris un taxi, c’était moi, j’ai eu tellement mal au cœur en la voyant trembler et pleurer, que je l’ai ramenée sans demander a être payé, dieu l’avait protégée ce soir-la »

Laissez-moi deviner : le vieux surfe sur la vague de l’actualité et se fait passer pour un héros ? ou pis encore, elle le méritait cette trainée, elle n’avait qu’a ne pas se pavaner totalement saoule dans la rue et a s’arrêter a une heure aussi tardive pour s’acheter des clopes ?

C’est vrai, au fond, quand on est une fille, qu’on a bu et qu’on s’arrête pour s’acheter cigarettes, c’est qu’on est forcément une dépravée !

G. : 26 ans

Mon interlocutrice, amère, commença son récit ainsi :

« Personnellement je peux te raconter une dizaine d’anecdotes , Le plus répétitif , le classique  » Eh, mademoiselle ! Vous êtes trop charmante ! Hey ! Bah, tu ne réponds pas hein ? J’te fais un compliment ! Eh oh ! Bon, bah Barra Nik Ommel el 9a7ba (nique ta mère la pute) ».

J’en passe et des meilleures..

Une autre fois un « exhibitionniste » a baissé son pantalon devant moi, jouant avec son pénis, j’étais entrain d’attendre un taxi.
Récemment j’étais dans le bar d’un hôtel, je bouquinais en attendant un ami, je commandai une bière au serveur ( une gentil monsieur quadragénaire très respectueux) et là il commença à me draguer avec insistance, voulant à tout prix avoir mon numéro et me payer la bière, ça a duré plus de 10 min et à la fin je lui ai dit que s’il ne reprenait  pas son travail et  ne me laisserait pas tranquille, j’irais le dénoncer à son chef, il quitta ma table en murmurant des insultes ».

Bien entendu, elle le méritait n’est-ce pas ? Elle  avait commandé une BIERE !

Parce que si c’était un jeune homme, ayant demandé une bière, ça passerait comme une lettre à la poste, une fille qui en boit une est une incitation a la drague insistante qui frise le harcèlement sexuel, sans parler du fait que de ne pas répondre a la drague poids lourd vous vaut le juron de pute, a vous et à votre mère…

R:30 ans

« J’étais une petite fille de dix ans, j’étais en colonie de vacances a borj el sedreya, je jouais sur la plage, un jour ou il ne faisait pas très beau, je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui, l’eau était trouble.

Sur la plage, une fille de mon âge portait le voile, cela m’avait fasciné, a l’époque, on n’en voyait jamais, des filles voilées a cet âge-là, je commençai a jouer avec elle, on est allées nous baigner après, le papa de la petite nous a rejoint, il me prit la main dans la sienne, je sentis ma main glisser sur quelque chose de lisse qui durcissait, de son doigt, il me guidait pour aller caresser ce qui semblait être un prépuce, je n’oublierai jamais le sourire sardonique qui s’est dessiné sur son visage, c’était un blond, les yeux châtains, et la barbe naissante.

Je me suis éloignée aussi vite que j’ai pu, en comprenant que quelque chose de pas normal était arrivée.

Longtemps ce jour-la,  je regardai ma main sur cette plage en essayant de la laver dans l’eau, j’avais l’impression d’être souillée… »

Bon, cette fois-ci, j’ai un peu de mal à me mettre dans la peau de celui qui incriminerait une petite fille et lui trouver tous les torts !

NK : 25 ans

«  Je suis étudiante en France, ne disposant pas de bourse, j’étais obligée de chercher du travail.

Sur le net je suis tombée sur une annonce pour bosser sur la réouverture d’un restaurant, je contacte l’employeur, c’est un homme plutôt sympathique et chaleureux, il est d’origine orientale, il a aussi connu « la galère de l’étudiant » et « la difficulté d’el ghorba (être étranger) ».

Le premier jour de travail : je nettoie la cuisine, corvée de ménage : résultat des courses, une cuisine irréprochable, le monsieur est tellement impressionné qu’il parle déjà de me faire signer un contrat, je jubile intérieurement, c’est la fin de la galère.

Le deuxième jour de travail : j’arrive a onze heures, j’avais un IRM à passer avant de venir : la tâche consistait a faire du tri dans la paperasse et les factures du restaurant.

Mon employeur me demanda dans le fil de la conversation la raison pour la quelle je faisais une IRM, je lui expliquai que j’avais des migraines a répétition.

De fait, il s’approcha de moi, me montrant une petite boite, me disant qu’elle contenait un remède « bio » et miraculeux.

Naïvement, je dis que j’aimais bien les plantes médicinales, mon interlocuteur rit de moi en me disant que c’était une plante « spéciale », je commençai à avoir un peu peur et a me sentir mal a l’aise.

Je fis mine de ne rien comprendre, et continuai de m’affairer a ma tâche, quand je remarquai que plus aucun bruit ne retentit dans le restaurant, je me retournai discrètement…

Mon employeur était entrain de se masturber derrière moi…

J’étais comme figée, je ne savais quoi faire, mon sac et mon téléphone étaient  à coté de lui, la porte du restaurant était fermée à clé, je travaillais sans contrat , au noir, je suis étrangère…

Dans le tourment de cette panique, tout cela défilait dans ma tête, alors que les papiers défilaient dans mes mains, que mes yeux se remplissaient de larmes, que je me sentais piégée, sur le point de basculer dans l’horreur, quand mon téléphone sonna !

Je décrochai, parlai brièvement, puis pris congé auprès de… cette personne, prétextant qu’une amie avait urgemment besoin de moi.

L’homme s’excusa, me demanda pardon maintes fois, je fis mine de ne rien comprendre, je ne demandai pas mon reste même s’il m’avait généreusement payée.

Je fini par changer de numéro de téléphone… »

Je sais ! NK n’avait qu’  à rester chez elle ? et ne pas s’enfermer dans un restaurant avec un étranger ? c’est une trainée, parce qu’elle voulait gagner sa vie honnêtement ?

A vous de me dire ; vous qui trouvez toujours une raison « sexuellement dépravée » pour les « sorties des filles » et qui sont assez légitimes pour justifier leur agression !

NB : 26 ans

« Les histoires que je peux raconter sur mes agressions sont tellement multiples, (je sais, cette phrase revient tellement –et amèrement souvent- dans ce récit).

Mais j’en choisis une, que je trouve si vexante, j’ai toujours eu une forte poitrine, je n’y peux rien c’est mon anatomie, un jour, je passai dans la rue, un mec me dit :  « d’où est-ce que la Tunisie dispose autant de basse lactation ! nous ne pourrons pas nous plaindre d’avoir une pénurie de lait »

J’étais , pour lui, une bête, un animal, un objet de risée… »

Probablement, N l’avait bien cherché non ? elle n’avait qu’ à faire une réduction mammaire tant qu’on y est ?

M, 24 ans :

«  j’étais entrain d’attendre qu’une amie à moi vienne me récupérer devant chez moi, on était au mois de ramadhan, presque une heure après la rupture du jeun, c’est alors que je remarquai que deux voitures se sont arrêtées pas loin de moi, je commençai a marcher, un peu effrayée, quand les conducteurs commencèrent a me filer, au début, ils ont commencé a m’interpeler « hé,ho, arrête toi ma belle je veux te parler »

Je commençai a presser le pas, ils roulaient désormais a ma hauteur et le langage se corsait « he, la pute, arrête-toi je te dis »

Je courais presque, quand par enchantement , un voisin a moi passait par là faisant son jogging, je l’appelai, je le suppliai de rester avec moi, il alla leur parler leur demandant ce qu’ils me voulaient, ils répondirent « on ne lui a pas parlé a cette pute, elle n’a qu’ à rester chez elle au lieu d’allumer les hommes ! »

Voila un peu de l’horreur que j’ai entendu de la part de mes amies, et d’anonymes, des blessures secrètes et enfouies dans le silence des tabous, celui de la honte et la peur d’être incriminées, car il est tellement facile de  nous sauter à la gorge et nous incriminer nous…

J’aurais pu en écrire des centaines, des pages de ce genre d’histoires, toutes aussi douloureuses, les unes que les autres, mais ces quelques unes, je vous les lègue, réfléchissez, cela aurait pu être vous, votre sœur, votre fiancée, votre amie proche, c’est à vous, à moi, à nous tous que revient le devoir que tout cela cesse…

Maha Au pays des pédophiles

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Ce récit , comme le présume le titre, est l’anti-chambre des contes de fées, comme tout récit dramatique, il n’a pas de happy end, et comme toutes les histoires tristes de ce monde, il est multiple, aussi multiple que les crimes barbares commis contre les enfants, il est semblable au chaos engendré dans la vie de millions de personnes, la personne qui m’a raconté ceci, a fait preuve d’un grand courage pour se révéler aux yeux de ceux qui vont lire ceci.

Maha;

28 ans, jeune femme accomplie, Maha est ingénieure agronome, elle est belle, sociable, active dans la société civile, elle tient des pages sur FaceBook et anime un blog de photo et un autre littéraire.

Maha est très concernée par ce qui arrive dans son pays, très cultivée, charismatique, elle suscite parfois la jalousie des uns, la convoitise et le désir des autres.

En réalité, Maha est seule, très seule, Maha, quand elle rentre chez elle, endort le chaos d’une incapacité à s’attacher aux autres, et des fois l’inverse, d’un attachement un peu trop poussé, trop rapide, trop incongru(ce qui finit par les effrayer),  par le biais d’une vie virtuelle hyper active. .

Alors Maha, qui se donne à fond dans une sociabilité fictive et  qui n’en est pas pour autant applicable à la vraie vie,  considère que les réseaux sociaux sont son monde et son refuge, ainsi personne ne pourra voir à quel point elle a si peu d’estime d’elle-même.

Un jour, Maha, tombe sur une suggestion de page sur FaceBook: fillettes 14 ans et moins…

Tout revient d’un coup, comme un boomrang, une traîtrise, une gifle, un coup de poignard, Maha va sur la page, l’immondice humaine prend la forme de commentaires libidineux et affreux.

Maha signale la page, demande à ses contacts d’en faire autant, toute la journée elle ne fait que ça, rien n’y fait,  FaceBook répond dans l’immédiat que le contenu de la page ne justifie pas sa suppression, alors que la suppression d’une telle horreur prend une allure d’obsession.

Maha, une gamine de 8 ans, qui joue dans la cours de chez sa grand-mère, l’été .

Il fait beau, il fait chaud, tout le monde fait la sieste, l’immondice humaine, cette fois-ci prend l’aspect corporel d’un cousin de 18 ans, ce cousin est mielleux, un peu trop, affectueux , un peu trop…

dans la pénombre d’une chambre d’adolescent, un souffle rauque et cupide s’accélère dans la nuque de Maha, des mots, dont elle ne comprend pas le sens, elle n’est plus là, son esprit est quelque part, sur une plage de Kélibia, son corps, quant à lui, n’a pas ce luxe, n’a pas eu le choix.

Maha se tait, elle est désormais l’otage de ce « cousin bienveillant » , de ce cousin aux mains et au pénis baladeurs, sur différentes parties d’un corps qu’elle ne considère plus comme sien désormais.

Un corps qu’elle a appris a haïr , pendant des années, un corps avec lequel elle a coupé les ponts, tout comme cette famille, à qui elle ne parle plus, depuis six mois déjà.

Maha devient folle, cherche un Hacker, fait appel à tous ses amis Facebookers, comment peut-on permettre celà? comment la « politique » du site peut elle « être en accord avec les standards de la page »?

Ces quelques mots vous ont choqués? j’aurais pu m’étaler plus sur des détails, rassurez-vous; l’histoire de Maha est loin d’être fictive, les Maha , il y en a par milliers, et pas que des Maha, des Maher aussi!

Imaginez ce que peut ressentir une victime de pédophilie quand elle voit ceci? Imaginez que vos enfants, vos petits cousins aux quels facebook est aussi accessible que Google ou n’importe quel autre site, puissent voir ça? imaginez, que par curiosité, ils entrent en contact avec l’un de ces immondes monstres? qu’ils en deviennent l’otage à leur tour?

On a beau écrire des milliers de pages, de psychanalyse de comptoir, ou de psychanalyse sérieuse, pour décrire ce que peut ressentir une victime de pédophilie, personne ne peut mesurer l’ampleur d’un tel désastre comme peut le « faire » une victime…

Ce genre de calvaire se vit en solitaire, se porte comme une croix, et marque au fer rouge toute une vie.

Je ne vais pas m’étaler, sur le rôle, d’une famille, d’une société, de proches, qui sont complices d’un tel crime, par leurs silences, par leur envie d’étouffer le scandale pour ne pas déranger leur petite vie convenable, la -dessus aussi beaucoup de récits ont été écrits, mais si tant est un tel désastre, touche un site  à l’audience aussi large que Facebook, le Cyber loup, est aussi au sein de la Cyber Bergerie, et dans la complicité la plus silencieuse de Zuckerberg qui entre temps, devient de plus en plus un réel (et non Cyber) millionnaire

Tounes, Mon Amour

« Rien, de même que dans l’amour, cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j’a eu l’illusion devant Hiroshima que jamais je n’oublierai « 

[Marguerite Duras, Hiroshima Mon Amour] 


16:23

Elle: tu n’as rien vu à Tunis 
Lui: j’ai tout vu à Tunis 
Elle: de Tunis, tu connais la beauté du souvenir , la simplicité du concret, tu ne sais à quel point il est dur d’apprivoiser le sous jascent.
Lui: mon regard s’est porté sur les gens, les vendeurs, les immeubles en ruines, les autres , flambant neufs et impersonnels, les filles, qui n’ont pas froid aux yeux, qui me disent ouvertement aimer ma bouche, ma peau, mon « exotisme » et la constellation de mes grains de beauté
Elle: à Tunis, tu n’auras pas vu la tension latente, l’impression vertigineuse que l’autre est peut-être un ennemi potentiel, ce sentiment avec le quel tu flirtes , alors de ta vie tu ne l’as jamais connu, la ville qui change, la vie qui change, l’air, porteur de menaces, d’odeur d’hémoglobines, et d’années noires.
Lui: à Tunis, je t’ai connu, je t’ai aimé, j’aurais donc tout vu, tu es Tunis, noire, pleine d’espoir, d’attente utiles ou inutiles.
Elle: souviens-toi du grain de ma peau, de la forme de mes lèvres, et de la constellation des grains de beauté de mon bras gauche, du coin mal dessiné au khol de mon oeil droit.
Lui: j’aurais tout vu et bien plus.
Elle: tu reviendras? Même si la guerre éclate?
Lui: je ne sais pas, mais ce qui est sur, tu seras en filigrane gravée sur le corps de toutes celles que j’aurais connues et qui ne sauront être toi, ou Tunis.
Elle: je vais mourir, la guerre m’emportera, je dis au revoir tous les jours à mes amis.
Lui: ne me dis jamais au revoir.
Elle: j’ai toujours rêvé d’une mort utile.
Lui: la mort est la mort, utile ou pas.
Elle: tu m’aimes?
Lui: oui, je t’aime, tu es Tounes, mon amour.
Le jour se leva doucement sur les monts lointains
[délires-remake-jeu-envie littéraire d’un Hiroshima mon amour à ma manière]

Kasbah Bleus

Elle avança doucement , avec son ami et confident, désormais, il sait d’elle tant de choses, il connait en elle tant de tunisie…

Sur le boulevard de Beb Mnara, la Maison qu’elle affectionnait tant était paisible, ses lumières feutrées.

En marchant, il lui expliqua de sa voix calme, que non loin d’où ils se trouvaient gît un ouley sous le pont, Tunis est jonché de ouley.

Sous le sein même du poste de police , s’en trouvait un, à coté de aziza othmena, un saint homme ne peut tenir compagnie qu’à une sainte femme, pensa-t-elle.

C’est un autre saint homme, dont elle décoda les messages, au fur et à mesure qu’il lui apprenait des choses sur cette ville qu’elle aimait tant.

ils avancèrent, son ami dit, du plus profond de son désarroi « j’aime cette putain de ville »

« Moi aussi, j’aime cette putain de ville » répondit elle.

– regarde donc ces gens, c’est le seul café où l’on peut trouver des transat dans une rue du centre-ville

– une partie de la paix habite cette allée, répondit-elle.

Ils avancèrent encore, sur la place de la mairie, à peine une trentaine, cinquantaine tout au plus de personnes, et presque le double en barrages et barbelés, des gens , les visages hagards, l’air fatigué, incertain, soucieux.

Une vieille femme en safsari, quelques enfants, des femmes voilées, des adolescents, des jeunes et des moins jeunes.

Un jeune avança vers eux, son regard à elle était perdu dans ce face à face opposant tunisiens à tunisiens, les forces de l’ordre étaient bien plus nombreux que les citoyens.

le jeune homme dit:

– je suis dans le sit-in depuis 93 jours, je ne sais plus ce que j’ai que manger, travailler, ou vivre tout court, il est question de survivre désormais.

Le jeune homme appela un autre, l’autre était malvoyant il dit  » Mohamed, avance vers nous »

La fille se précipita pour l’aider a descendre les escaliers, le jeune lui dit que non, qu’il avait trébuché et est tombé , mais qu’il avait fini par apprendre, arpenter le chemin, arpenter son chemin est une chose bien plus précieuse, que le regarde sans le voir.

Son ami, le jeune , Mohamed et un autre se lancèrent dans une discussion sans fin.

Très vite, elle décolla, les souvenirs la menant à ce même endroit où elle vit son ainée toute de blanc vêtue et heureuse comme pas deux, un certain jour d’Aout qui lui sembla si lointain désormais.

Désormais cette place porte le nom du destin, du souci, de la peur , de la détermination, d’un colère qui gronde , qui monte…

Elle s’éloigna peu à peu, regarda fixement les forces de l’ordre…

Des jeunes, bien jeunes qu’elles qui lui rendirent son regard, le vent s’engouffra dans ses cheveux.

Elle décida d’aller leur parler…

Elle: bonsoir messieurs

Eux: bonsoir Madame

Elle: je viens ici pour vous présenter mes condoléances…

petit moment de silence , de stupéfaction.

Elle: oui, je vous présente mes condoléances, j’espère que Dieu vous apportera patience et compassion..

Eux: euh…Merci madame, de vos sentiments

Elle: savez-vous que j’ai pensé à vous depuis quelques jours? que j’ai pleuré pour vous? qu’on pleure tous pour vous?

silence…

Eux: Madame… nous le savons, merci à vous, nous sommes tous prêts à nous sacrifier pour la patrie.

Elle: vous allez nous gazer?

Eux: non madame.

Elle: savez-vous que j’ai pensé aux agents de la circulation? qu’il pleuve ou qu’il vente, à leurs salaire de misère et à leur sacrifice quotidien?

Que j’ai pensé à tous ces jeunes, leurs familles, il y en a qui vivaient de la paie de leurs enfants, il y en a qui semblent être si pauvres…

Eux: non madame, nous n’allons pas vous gazer, nous sommes avec vous.

Elle: avez-vous compris que nous aussi, sommes avec vous?

Eux: oui madame, nous n’en doutons pas.

Elle: je n’ai que ces quelques mots à vous dire avant de m’en aller: plus de légitimité après que votre sang et le nôtre a coulé, votre sang est le nôtre, vous êtes des nôtres, j’espère que vous le comprendrez un jour, sur ce, bon courage et bonne nuit.

Elle repartit, son doux ami la rattrapa, ils marchèrent ensemble d’un pas lent, tantôt silencieux, tantôt spéculant des choses, valsant entre rage et désespoir.

« Je reviendrai  » se dit-elle…

Silence, on vous enterre vivants…

en attendant, chokri belaid a été assassiné, sa mémoire souillée de son vivant comme de sa mort, et la créativité de ce peuple, toutes ses tentatives de bulles d’oxygène, de plus en plus muselée… voila ou on en est, deux années après l’euphorie, une sacrée gueule de bois et un réveil des plus douloureux, l’étau se resserre de plus en plus sur nous, et nous tombons les uns après les autres, sous cette pression voulue..

Nos séparations

c’est le titre d’un livre que j’ai lu cet été…

pourquoi y penser aujourd’hui?

après deux semaines de tumultes politiques, quand les salafistes tirent dans les pattes des nahdhaouis, quand ceux-la, quelques uns d’entre eux, loin de l’exil doré et des transactions douteuses, ont eu a être humiliés , et à voir leurs vies et celles de leurs familles estropiées et défigurées par  des idéologies les conduisant dans des prisons sombres

 quand après tant d’années de militantisme, ils se font humilier sur les plateaux télés par des ignares prônant un retour moyenâgeux des plus sombres , simplement parce qu’il illustrent comment des idéaux deviennent des dogmes dès que le pouvoir est en jeu et concret, prisonniers des mêmes tentations, ils me font presque pitié, quand je vois le manque de respect qu’on leur porte…

c’est bien le seul point où je peux prétendre avoir de la compassion pour eux…

j’ai horreur des séparations, et ce que je vois de ce qui leur arrive n’est qu’un aspect de nos séparations…

entre temps un monstre ectoplasmique prend la forme de la théorie du complot pour donner un alibi pseudo-crédible a la bêtise des uns et l’incompétence des autres..

entre temps, tout un pays croule , encore une fois sous le poids violeur des pétro-dollars, un poids qui ramène un argent qui pue, marécageux, tel le semble l’avenir de ce pays, avec la menace du gaz de schiste, qui risque justement d’en faire un marécage puant, qui risque aussi, de faire de nous, pas qu’un cimetière marin qui enflammera le romantisme des poètes, mais l’avenir d’un paysage de désolation, plus proche de l’hiver nucléaire que du spleen inspiré …

entre temps, la Tunisie, en tenaille, à des « koffar » (mécérants) , à des laiques portant la lettre écarlate, à des fous de dieu, voulant imposer une vision qu’ils croient des plus justes…

et nos séparations, qui s’amoncèlent, brûlant les quartiers, appauvrissant davantage les pauvres, agenouillant chaque jour un peu plus le pays, décimant l’exode des enfants entre el harraka (les bruleurs) vers les vestiges du paradis européen , et les combattants vers d’autres paradis promis: celui de l’au-dela, celui des mercenaires pions, négociés sous la tables et détruisant les coeurs de leurs familles au passage…

voici a quoi ressemblent nos séparations, dans la tunisie de l’après révolution, le chemin de la démocratie, telle la passion du christ, est désormais notre croix a nous..Tunisiens.Image  

A Tunisian Marie-Antoinette

On ne se souvient pas forcément de ce qu’on a fait un 19 octobre ou un 6 janvier, mais on a en mémoire, ce qu’on faisait au juste par exemple, le 11 septembre 2001, ou encore, le 23 octobre 2011…

Le 23 octobre 2011, il faisait un temps radieux dans ma ville, après avoir voté, je suis partie à la plage pas loin de l’école de ma circonscription de vote, je me suis promenée, et j’ai fait un voeux en espérant voir les vagues l’emporter et le disperser sur toutes les cotes de mon pays (je sais, je suis bête)…

En ce 23 Octobre 2012, le temps était morose, le moral en berne, avec la comedia del arte qui s’engageait sous mes yeux, entre ceux qui ont sorti leur costumes DC comics pour aller « soutenir le gouvernement et sa légitimité » (eh oui, certains n’ont pas dépassé le niveau space toon!), et ceux, de l’autre coté, désenchantés, amers , tristes, mais dont les mots tombaient dans l’oreille d’une armée de sourds pas qu’un seul!

A coté d’un coeur non festoyant, d’un pays étouffant sous le poids de la discorde et le clivage (je ne parle même pas des indicateurs économiques et politiques catastrophiques), je voyais un autre spectacle, celui de trois geishas, me racontant que tout le monde est beau ,que tout le monde est gentil, me promettant monts et merveilles, mais dont le maquillage défraîchies et les promesses ayant un gout de cendre froides m’horripilait…

Devant les Geishas, le gourou, régnant en maître absolu, sur les décombres de trois mille ans d’histoires qu’il a envie de tenailler et d’estropier,les regardait faire sous les rideaux épais que sont ses paupières…

le 23 Octobre 2012, m’a aussi fait penser à Marie Antoinette…

En effet, au lever, je vois madame sa majesté, princesse absolue de tous les petits pois réunis de la Tunisie, dénigrant , rapetissant, crachant son venin sur des milliers de tunisiens, ralliant triomphalisme et ignorance politique profonds, elle s’exprimaient , telle une Marie Antoinette de ces terres: le peuple a faim de démocratie? donnez-lui du clivage et de la matraque des milices a manger!! et félicitons-nous d’être les maîtres d’une terre que nos pieds n’avaient jamais foulés auparavant, si ce n’est le sang,la courage et la bravoure d’une bonne moitié d’entre eux!!

Voila à quoi ressemblait mon 23 Octobre 2012: des Geishas d’un temps révolu, un gourou hautain, et une Marie-Antoinette tunisienne…

En attendant, mon pays sombre, sombre, sombre…

http://www.facebook.com/notes/soumaya-ghannoushi-%D8%B3%D9%85%D9%8A%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%BA%D9%86%D9%88%D8%B4%D9%8A/%D9%83%D9%84-%D8%A5%D9%86%D8%AA%D8%AE%D8%A7%D8%A8%D8%A7%D8%AA-%D9%88%D8%A3%D9%86%D8%AA%D9%85-%D8%A8%D8%A7%D8%A6%D8%B3%D9%88%D9%86-%D9%8A%D8%A7%D8%A6%D8%B3%D9%88%D9%86-%D8%AE%D8%A7%D8%A6%D8%A8%D9%88%D9%86/377047452372604

Filia sum patria!

Je suis contre vous!
pour les raisons suivantes:
– Parce qu’un jour, quand on m’a brandi votre présence comme une menace, je me suis insurgée , je vous ai défendu et dit: il y a de la place pour tous la bannière d’une démocratie.

– Parce que j’ai gardé espoir qu’un jour, vous seriez assez intelligents pour jouer le jeu démocratique , pour faire avancer ce pays, pour le tirer vers le haut.
– parce que bêtement, j’ai cru, que vous aviez tiré les leçons d’un passé pas si lointain.

– Parce que , de jour en jour, incrédule, je vous ai vus , prostituer ce pays, en piétiner l’identité, en dénigrer les enfants, en réduire les femmes à moins que des objets.
– Parce que je vous ai vu, sournoisement, vicieusement, induire, un changement non voulu, telle une couleuvre malfaisante que vous avez chercher a faire avaler.
– Parce que je m’étais dit, que je pouvais vous aimer, alors que je vois tous les jours, le peu d’amour que vous me portez, a moi, et à tant d’enfants de ce pays.
– Parce que de jour en jour, se dessinent les contours de votre trahison et du peu d’égard que vous nous portez.
– Parce que vous ne l’aimez pas, ce pays.
il n’est nullement vôtre…
Filia sum patria, je suis l’enfant de cette terre, la descendante d’un brassage de milliers de héros, hommes et femmes, anonymes et connus qui ont écrit les trois mille ans de l’histoire de ces terres
Filia sum patria.
Je suis contre vous, et vous ne me méritez point, ni moi , ni les milliers d’enfants de ce pays, comme moi…
à commencer par ceux qui ont voté pour vous!